Consommation d'Antidépresseurs en France : Chiffres et Statistiques

Sommaire :

Longtemps perçue comme la nation la plus consommatrice d’antidépresseurs, la France a délaissé ce titre depuis plusieurs années.

Malgré ce changement, l’usage de psychotropes demeure élevé en France.

Certaines tranches de la population sont de plus en plus touchées, tandis que l’exposition croissante des enfants est alarmante.

Je vous propose donc une synthèse des études sur le sujet.

Ces chiffres incitent à explorer les causes de cette consommation massive, et à débuter une réflexion sur les solutions et alternatives existantes.

Sommaire :

Les Chiffres Clés

  • Entre 1980 et 2001, la consommation d’antidépresseurs a été multipliée par 6,7 en France. Depuis 2010, la consommation d’antidépresseurs en France tend à se stabiliser.

  • En 2021, les Français consomment en moyenne 5,5 doses d’antidépresseurs par jour pour 100 habitants, se situant dans la moyenne basse des pays de l’OCDE (6,6 doses).

  • 35,1% des Français âgés de 15 à 85 ans déclarent avoir pris des psychotropes au moins une fois dans leur vie, avec une prévalence de 17,8% au cours des douze derniers mois.

  • Les femmes sont plus consommatrices de psychotropes que les hommes, avec 42,4% contre 27,1% ayant déjà pris des psychotropes au cours de leur vie.

  • Entre 2014 et 2021, la consommation d’antidépresseurs chez les mineurs en France a augmenté de plus de 62%.

  • Les régions rurales en France sont les plus touchées par la consommation d’antidépresseurs, contrairement aux régions dominées par de grands pôles urbains.

  • En 2019, plus de 4,2 millions de Français se sont vus prescrire des antidépresseurs, représentant une part importante par rapport à d’autres médicaments psychotropes.

Non, les Français ne sont pas les plus gros consommateurs d'antidépresseurs

Si entre 1980 et 2001, la consommation d’antidépresseur a été multipliée par 6,7 en France, cette dernière tend à se stabiliser depuis 2010.

Selon les dernières données de l’OCDE, la France ne fait même plus partie des pays d’Europe où les antidépresseurs sont les plus consommés.

En effet, avec 5 doses et demie ingérées par jour et pour 100 habitant·es en 2021, les Français·es se situent dans la moyenne basse des 28 pays de l’OCDE étudiés (6,6 doses).

Au niveau européen, c’est toujours en Islande que le niveau de consommation d’antidépresseurs est le plus élevé. Avec une consommation moyenne de 15 doses quotidiennes pour 100 habitants en 2020.

Qui Consomme des Antidépresseurs ?

Le baromètre de Santé Publique France met en lumière le fait que la profession influence le taux de consommation d’antidépresseurs et de psychotropes au sens large. 

En effet, les cadres consomment légèrement moins de médicaments psychotropes que les autres professions, tandis que les ouvriers, les employés et les professions intermédiaires sont ceux qui en consomment le plus.

Mais ce n’est pas tout.

La consommation de psychotropes a fortement augmenté au sein de la population active occupée passant de 13,8 % en 2005 à 16,7 % en 2010 tandis que ce taux est resté stable parmi les chômeurs.

Cette évolution pourrait être attribuée à une dégradation des conditions de travail parmi les actifs occupés, près d’un quart des individus déclarant une telle dégradation ayant consommé des médicaments psychotropes dans l’année, contre seulement 14,4 % de ceux n’ayant pas exprimé une telle plainte.

Les Régions Rurales, Plus Consommatrices

L’usage d’antidépresseurs ne se répartit pas uniformément à l’échelle du territoire national. 

En effet, les régions dominées par de grands pôles urbains, comme l’Ile-de-France, ne sont pas les plus consommatrices d’antidépresseurs. 

En revanche, les régions à dominante rurale sont les plus touchées.

L’étude IMS Health 2014 « Dépression et Territoires » fait le point sur l’usage dans chaque région française : 

  • Le Limousin, l’Auvergne et le Poitou-Charentes occupent les 3 premières places des régions les plus consommatrices, entre 7,29 et 9,95 doses quotidiennes par habitant. 
  • L’Alsace, l’Ile-de-France et la Lorraine font partie des zones les moins consommatrices, avec des doses journalières comprises entre 4 et 5,5.

Une consommation différente en fonction de l'âge et du genre

En France, 16 millions de personnes âgées de 11 à 75 ans ont déjà expérimenté des médicaments psychotropes, selon les données des enquêtes déclaratives.

Parmi les 15-85 ans, 35,1% déclarent en avoir pris au moins une fois dans leur vie, et 17,8% au cours des douze derniers mois.

Les femmes sont plus consommatrices que les hommes, avec 42,4% contre 27,1% ayant déjà pris des psychotropes au cours de leur vie. 

Une hausse de 62% des antidépresseurs chez les enfants entre 2014 et 2021

Entre 2014 et 2021, la consommation d’antidépresseurs chez les mineurs a bondi de plus de 62%, selon un rapport du HCFEA (Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge).

L’étude du HCFEA (Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge) dévoile des chiffres alarmants.

Entre 2014 et 2021, la consommation de psychotropes chez l’enfant et l’adolescent a explosé.

  • L’augmentation est de 62,58% pour les antidépresseurs,
  • De 78,07% pour les psychostimulants,
  • De 48.54% pour les antipsychotiques.

Le rapport souligne que “ces niveaux d’augmentation sont sans commune mesure (2 à 20 fois plus élevés) avec ceux observés au niveau de la population générale”.

Les jeunes, touchés par une détresse psychique, se retrouvent donc davantage sous médication.

Cette découverte interpelle et incite à une réflexion sur la santé psychologique des jeunes, mais surtout sur la nécessité d’alternatives thérapeutiques.

Les Enfants Défavorisés sont parmi les plus Touchés

La vulnérabilité des jeunes semble exacerbée par des facteurs socio-économiques. 

L’analyse du HCFEA constate une détermination scolaire et sociale de la prescription de médicaments psychostimulants chez l’enfant et l’adolescent en France. Elle précise que les enfants les plus jeunes de leur classe ou ceux issus des milieux défavorisés présentent des risques accrus de médication.

Le taux de tentative de suicide des adolescentes de 15 à 19 ans faisant partie des 25 % les plus pauvres s’établit ainsi à près de huit fois le taux observé pour les garçons du même âge appartenant aux 25 % les plus aisés.

Qui prescrit des antidépresseurs?

Dans les cabinets des médecins généralistes, où plus de 80 % des prescriptions sont faites, il y a souvent un écart important entre ce qui est recommandé pour la santé mentale et ce qui est réellement prescrit. 

Ce décalage est souvent dû à la façon dont les médecins et les patients interagissent, ainsi qu’à leurs perceptions du mal-être, de l’incapacité ou de la souffrance, qui peuvent différer des critères utilisés en psychiatrie pour diagnostiquer un trouble mental.

Par exemple, des études montrent que seulement 54 % des personnes prenant des antidépresseurs ont reçu une prescription conforme aux directives médicales.

Les médecins généralistes, souvent mal à l’aise avec la souffrance mentale et parfois peu formés à l’écoute et à la communication, ont tendance à prescrire des médicaments psychotropes pour traiter la souffrance psychique de leurs patients.

Cela explique en partie pourquoi il y a un écart entre le nombre de personnes souffrant de dépression et le nombre d’ordonnances d’antidépresseurs.

Ces médicaments comme les benzodiazépines et les antidépresseurs peuvent parfois être prescrits pour aider à gérer les problèmes sociaux, professionnels, conjugaux ou familiaux, même si l’impact exact de ces prescriptions dans ces domaines est difficile à mesurer.

Les Causes de la Consommation Massive d’Antidépresseurs en France

La consommation massive d’antidépresseurs en France a des racines multiples et complexes.

L’hypothèse la plus positive de cette hausse est une plus grande sensibilisation à ce problème, ainsi que l’accès facilité à des traitements de qualité.

Cependant, d’autres raisons peuvent être avancées.

La chercheuse en sciences biomédicales Marta Estrela affirme dans la revue scientifique “International Journal of Environmental Research and Public Health” (relayée par Voxeurop) que ce phénomène peut être expliqué par plusieurs facteurs : 

  • L’augmentation de la prévalence des troubles mentaux communs ;
  • La tendance à prescrire des antidépresseurs plutôt que des thérapies non-médicamenteuses ;
  • La facilité d’accès aux antidépresseurs ; 
  • Ou encore le manque d’investissement dans l’innovation thérapeutique.

Une Offre de Soins Insuffisante

L’accès aux soins est crucial pour préserver la santé psychologique des jeunes. 

Le rapport du HCFEA souligne un fort recul de l’offre pédiatrique et pédopsychiatrique, forçant les généralistes à prendre le relais.

Il précise que seuls 30 % des enfants sont reçus par un pédiatre, qui concentre sa patientèle sur les moins de 2 ans.

Le déficit de spécialistes amènent les médecins généralistes à prendre le relais, et à prescrire des antidépresseurs en amont d’une consultation auprès d’un spécialiste.

Porte-parole de l’organisation Mental Health Europe, cité par Voxeurop, Marcin Rodzinka ajoute :

D’après les expériences et les récits que nous avons rassemblés dans différents pays, il y a une tendance à prescrire davantage de médicaments, souvent avec de bonnes intentions, en raison du manque de temps et de ressources.

6 à 18 mois d'attente pour un·e jeune

Pour les jeunes, le HCFEA souligne le recul de l’offre pédiatrique, pédopsychiatrique et médicosociale, qui ne permet plus d’accueillir, dans des délais raisonnables, les enfants et les familles.

En effet, il n’est pas rare que les délais d’attente aillent de 6 à 18 mois.

Cet état de fait est encore aggravé par la situation altérée de la médecine scolaire.

 

L'Impact de la Crise Sanitaire sur la Consommation d’Antidépresseurs

La récente crise sanitaire a exacerbé les problématique existantes.

Un rapport du GIE Epi-Phare (regroupant la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie et l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament) affirme que la crise sanitaire et les confinements ont conduit à “une accentuation de l’augmentation des délivrances de médicaments antidépresseurs, antipsychotiques, anxiolytiques et hypnotiques”.

Personne dépressive ayant besoin d'aide

Les Antidépresseurs les Plus Prescrits

En 2019, plus de 4,2 millions de Français se sont vus prescrire des anti-dépresseurs.

Cela représente une part importante, par rapport aux autres médicaments psychotropes comme :

  • Les anxiolytiques (4,1 millions) ;
  • Les hypnotiques (1,7 million) ;
  • Et les neuroleptiques (1 million). 

S’il existe plusieurs familles d’antidépresseurs, certains sont plus prescrits que d’autres.

Concernant la répartition du nombre de remboursements par personne et par année, les antidépresseurs apparaissent comme les médicaments à l’origine du plus grand nombre de remboursements. L’introduction, à la fin des années 1990, des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), catégorie d’antidépresseurs présentant moins d’effets secondaires, a favorisé leur utilisation massive, notamment en médecine générale [6]. Ils représentent désormais environ le tiers des prescriptions de médicaments psychotropes

Généralement, on commence en première intention par un médicament de la classe des IRS ou IRSNa (inhibiteurs puissants du recaptage de la sérotonine et de la noradrénaline)

Le Dr Nicolas Neveux, psychiatre et psychothérapeute à Paris, indique que ceux les plus habituellement prescrits sont les ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), comme :

  • La fluoxétine ;
  • Le citolopram ;
  • L’escitalopram ;
  • La sertraline,
  • Ou la paroxétine. 

La raison ?

Ce sont ceux qui ont le meilleur rapport entre leur efficacité et leur tolérance. 

Ce n'est pas tout d'être efficace, il faut que l'antidépresseur soit statistiquement bien toléré au niveau de effets secondaires

Que retenir ?

La consommation d’antidépresseurs en France a connu une augmentation significative ces dernières décennies, bien que récemment elle montre des signes de stabilisation.

Les régions rurales sont les plus touchées, tandis que les femmes et les jeunes sont des consommateurs plus fréquents.

Cette augmentation alarmante, notamment chez les enfants, souligne le besoin urgent de solutions alternatives et d’une meilleure prise en charge de la santé mentale, particulièrement dans un contexte où l’accès aux soins spécialisés est souvent limité.

Les médecins généralistes, prescrivant la majorité des antidépresseurs, doivent être soutenus dans leur formation et leurs pratiques pour une meilleure adéquation entre les besoins des patients et les traitements prescrits.

Enfin, la crise sanitaire récente a amplifié ces tendances, mettant en lumière l’importance cruciale de la santé mentale dans la société contemporaine.

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